Apprendre comment le savoir est construit
Pendant ce temps, dans nos collèges et lycées, des enseignants s’épuisent. Ils voient leurs cours contestés, non pas sur le fond, mais au nom du dernier clip complotiste. Un événement historique jugé faux, une donnée scientifique rejetée parce qu’un influenceur affirme l’inverse… L’école, qui devrait être le sanctuaire de la connaissance, est transformée en champ de bataille contre l’imbécillité 2.0. L’ère n’est plus à la recherche de la vérité mais au « like ». Dans ce cirque numérique, le temps de la vérification est un luxe, le doute une faiblesse. Le fait n’est plus ce qui est avéré mais ce qui fait le plus de bruit.
Le problème, ce n’est pas le flot, c’est l’étanchéité. Les citoyens d’aujourd’hui baignent dans l’information, mais se noient dans le bruit. La rapidité l’emporte sur la vérification, l’émotion sur l’analyse. Il devient essentiel d’apprendre aux élèves comment le savoir est construit et surtout comment il est détruit : ce qu’est une source, pourquoi certaines informations sentent l’arnaque à plein nez, comment identifier l’intention d’un propagandiste. Sans ces outils, l’autonomie intellectuelle n’est qu’un mot creux. Cette situation révèle l’incroyable changement d’environnement informationnel auquel l’école doit s’adapter, faute de quoi elle n’enseignera plus qu’à des murs d’échos.
L’enjeu est démocratique. Une société où la majorité ne parvient plus à distinguer faits, opinions et rumeurs est une proie facile pour tous les manipulateurs. Le sociologue Gérald Bronner a appelé cela, poliment, la « démocratie des crédules ». Il faut l’appeler ce qu’elle est : l’abdication intellectuelle de masse.
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